Tout d'abord, il convient de souligner qu'une que 95% de la population est campagnarde et cultive la terre ou élève. Les villes dépendent ainsi des paysans locaux pour se nourrir. Des potagers enclos derrière les murailles peuvent parfois prendre les dimensions de véritables champs au gré les vicissitudes démographiques (ce fut le cas à Constantinople par exemple). Pour autant, ceindre de remparts coûtant cher, les autorités militaires essaient de conjuguer les obligations financières avec les impératifs de la guerre de siège : Les murs ne sont ainsi pas montés au plus près des maisons mais, au contraire, un espace est prévu pour absorber la croissance urbaine et fournir à la ville quelques ressources qui lui soient propres pour subsister quelques temps en cas de siège.
Les paysans, placés tout au bas bout de cette échelle sociale, menacés par le servage s'ils ne peuvent subvenir à leurs besoins primordiaux, n'ont que peu de droits. Pour autant, leurs conditions matérielles sont souvent caricaturées et les hommes libres jouissent de prérogatives qu'ils savent pouvoir faire valoir (au moins en temps de paix). Masse laborieuse par excellence, ils sont cependant la base de la société : La noblesse n'est, après tout, que constituée de descendants de paysans aisés et entreprenants. Ses liens avec la terre sont tels qu'en définitive, une grande part de son lent déclin s'explique par le déclin relatif du pouvoir rural par rapport au pouvoir urbain. Mais nous n'en sommes pas encore là
Les paysans sont unanimement méprisés, tant par les « bourgeois » (terme désignant les citadins, tant artisans que commerçants) que par leurs seigneurs. Un paysan est un homme sale, sous-instruit, pieux jusqu'au fanatisme et, pire que tout, souvent assez robuste surtout lorsqu'il se met à battre la campagne las de l'oppression fiscale des nobles et commerciales des négociants. Comme quoi, à l'époque, on savait vivre ! Cependant, contrairement aux idées reçues modernes, cette époque n'était pas si obscure, froide et barbare. Bien au contraire, finesse et raffinement étaient recherchés, et on faisait son possible pour améliorer ce quotidien peu reluisant.
Par contre, malgré une croyance fermement fausse, le Moyen-Age n'est pas une période de stagnation économique, bien au contraire. Le début du XIIIième siècle est une période climatiquement chaude (le « Medieval Warm », avec des températures identiques aux nôtres) et, du fait du profond recul accusé après l'effondrement de l'Empire Romain et les Invasions barbares (qui durèrent la bagatelle de cinq siècles, tout de même !), la réintroduction de techniques agraires et artisanales empruntées aux Byzantins et aux Sarrasins permet un développement particulièrement vif (certaines études parlent d'une croissance économique de l'ordre de 20, voire 80% par an suivant les années). Les villes redécouvrent leur pouvoir et les milices communales se multiplient, venant à l'aide des seigneurs convenables et se refusant aux nobles despotiques.