Oratores et Bellatores


Les ordres miltaro-religieux fondent le plus fameux jumelage des castes médiévales. Chevaliers et sergents d'armes peuvent devenir des miliciens du Christ (miles christi) pour des durées fixées ou jusqu'à la fin de leurs jours. Les moines-soldats voient leur vie rythmée par les prières monastiques et les campagnes militaires. Ils sont alternativement moines ou soldats, non pleinement l'un et l'autre. Lorsque le gonfanon est replié, invisible aux yeux de tous, une troupe de cette nature est un convoi monastique. Toutes les astreintes s'y appliquent. Par contre, lorsque le gonfanon est déployé, les hommes, de moines, deviennent soldats. Ils suivront à la lettre les interdits et observeront scrupuleusement les limites des actes guerriers, pour faire honneur à la croix sise sur eux, mais s'arrogent le droit de tuer leur ennemi, n'étant en la matière qu'un relais de la volonté divine. Lorsque le gonfanon est ramené, de bras armé de Dieu, les hommes redeviennent de paisibles moines…
La croix du Christ tient en respect le croissant islamique en Terre Sainte à force de l'entretien de telles armées, redevables au Pape seul : Templiers (1120-), Hospitaliers (1113-), Lazaristes (fin XIIième), Teutoniques (1198). L'Europe occidentale s'est couverte de commanderies pour financer le maintien de ces forces armées, seul gage de survie du royaume latin de Jérusalem. La péninsule ibérique est aussi terre de reconquête sur les infidèles. Les Maures sont confrontés à des ordres issus des Cisterciens et/ou associés aux petits royaumes chrétiens : Les ordres de Montjoie (1175-1196, abhorré par le temple), Georges (issu de l'Hôpital, 1201-), de Calatrava (1158-), dont est issu l'ordre d'Alcantara (1183-), l'ordre d'Avis (1163-) et de Santiago (1175-).
Quant aux rives de la Baltique, l'ordre des Porte-Glaives, issu du Temple, a été fondé en 1202 et confirmé par bulle papale en 1204. La prédication chrétienne trouvant un écho, même faible, chez les Livoniens, à la fin du XIIième, l'évêque Albert de Buxhovden fonde Riga et appelle à l'aide des chevaliers allemands jouissant des privilèges de croisade. Cette confrérie est érigée en ordre en 1204 mais restera avant tout une confrérie aristocratique n'ayant qu'une tutelle épiscopale sans jamais atteindre le degré de monachisation des « vrais » ordres monastiques. Ils défraient immédiatement la chronique par leur sauvagerie. Dès 1203, un chef païens se rend à Rome pour se plaindre au Pape de leur brutalité ; L'érection de l'ordre peut être vu comme le désir d'assurer une tutelle forte au-dessus de ces croisés sortis de l'Enfer.

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