Trois grandes puissances se disputent l'Europe : Le Saint Empire Romain Germanique, le Royaume de France et le Royaume d'Angleterre. A ceux-là se rajoutent des puissances moindres mais, de toute façon, toutes sont catholiques : Les royaume du Danemark, d'Ecosse, de Suède, de Norvège, de Hongrie, de Pologne, de Catalogne, de Leon, de Navarre, du Portugal, de Castille et d'Aragon. Viennent ensuite des terres plus morcelées comme les royaumes normands de Sicile, l'Italie du Nord et l'Irlande. Des « comtés » ou « duchés » sont parfois aussi indépendants que des royaumes, comme le comté de Champagne, dernière authentique dynastie carolingienne, ou le comté de Mazovie, grand allié de ceux qui luttent contre les païens du littoral balte
L'Empire initial comprend l'Allemagne, la Bourgogne (la frontière est le Rhône) et l'Italie du Nord.
L'Empereur, élu, est malgré tout membre d'une dynastie, le titre impérial passant de père en fils ou suivant les branches mâles inférieures. Les électeurs, ducs et comtes, sont à la tête de sous-unités ethnique, comme les Bavarois, les Francs, les Franconiens, les Souabes et les Saxons. Si les villes sont en plein essor, elles reviennent de si loin qu'elles n'ont guère l'influence des campagnes où l'écrasante majorité de la population vit et travaille. Le long des frontières, les marches sont tenues par des margraves, l'équivalent des marquis en Francie ; Les nobles sont parfois conviés à des diètes pour les élections les plus importantes mais il n'y a pas de capitale. Les élections impériales ont lieu à Mayence.
La partie italienne, elle, est beaucoup moins féodalisée et jouit d'une civilisation encore urbaine, les campagnes nourrissant et étant dominées et non l'inverse comme cela se passait dans le reste de l'Empire.
L'un des (rares) points forts de la cause impériale contre les Grands est l'appui qu'il a du Pape. Jusqu'à Grégoire VII, élu pape en 1073, les papes sont des « créatures » dociles placées là par l'Empereur. En contrepartie de quoi, l'Empereur offre des terres et des domaines aux évêchés dont les Empereurs désignent les titulaires par investiture. Le pouvoir « impérial » comme du temps de l'Empire Romain est effectif : mouvement centralisateur et prédominance du pouvoir temporel (l'Empereur) sur le spirituel (le Pape). Et le goupillon local est donc l'assistant le plus efficace du glaive germanique.
Après le Schisme de 1054 entre les Orthodoxes et les Catholiques, En 1059, profitant du jeune âge d'Henri IV, il commente le 6ième canon du concile par un décret interdisant les investitures, passives ou actives, sous peiner d'excommunication. L'Empereur, encore jeune et se refusant à la guerre, transige au travers de l'acceptation de son divorce par le Pape et la levée de l'anathème sur sa personne.
Le Pape fait publier les dictatus papae, désignant les prérogatives ecclésiastiques, mettant notamment en avant la possibilité de destitution des rois et des princes. En 1076, Henri IV, par le Concile de Worms, décide de le déposer. Dans la foulée, par un concile à Rome, le Pape destitue l'Empereur. L'Empereur s'incline après avoir prouvé sa bonne foi et sa complète repentance après avoir passé trois jours et deux nuits dans les neiges de Canossa en habit de pénitent, aux portes closes du château derrières lesquelles le Pape se retient de l'absoudre, ce qu'il finit cependant par faire sous les pressions du clergé régulier (Hugues de Cluny) et la noblesse italienne (Mathilde de Toscane).
Cependant, il se remet à investir des évêques et est excommunié en 1080. Le Concile de Brixen dépose le Pape et élit comme antipape Guibert de Ravenne, Clément III.
Henri VI attaque Rome pour y placer Clément et, alors qu'il ne reste plus que le château Saint Ange dans lequel le Pape est retranché, une armée de secours de Normands de Sicile fait fuir l'armée impériale ; le comportement inqualifiable des Normands pillards et esclavagistes offusque les Romains. Apparemment, c'est ce qu'attendait Henri IV qui revient à Rome. Le Pape fuit à Salerne mais la Chrétienté empêche Henri IV de consommer sa victoire.
Urbain II lève la Croisade, ce qui fait oublier un peu les querelles et le place au-dessus des monarques. En 1122, le Concordat de Worms permet aux parties de s'entendre (ou, plutôt, de reprendre des forces en vue de la lutte à venir). Le Pape et l'Empereur renonçaient à désigner des évêques, s'en remettant au collège des chapitres. Après 1125, Henri V meurt sans héritier et le titre impérial n'est relevé qu'en 1137 par les Staufen de Souabe. A l'élection, le parti des Staufen fut dénommé le parti Gibelins (de Weibligen, le château des Staufen) et ceux de son principal concurrent, Welf Henri le Superbe, duc de Bavière et de Saxe, les Guelfes. Les Guelfes sont les alliés habituels des Papes et sont pour un pouvoir aux ducs. Les Gibelins sont jacobins et veulent que le Pape n'intervienne pas dans les affaires impériales.
1154. Frédéric Barberousse fait une marche triomphale en Italie du Nord, s'appuyant sur la faculté de droit canon de Bologne pour justifier ses prétentions impériales, arrive à Rome secouée par une révolte hérétique contre Eugène III menée par un ascète hérétique, Arnaud de Brescia qu'il fait arrêter, brûler et disperser les cendres dans le Tibre pour plaire à Adrien IV, remplaçant d'Eugène. Adrien est le seul pape anglais de l'Histoire. EN 1155, il est couronné empereur.
En 1158, pour calmer les ardeurs indépendantistes et les guerres privées des villes italiennes entre elles, Frédéric reparaît avec des chevaliers décidés à faire un peu de butin. Les choses tournent mal : Les édits de paix, mettant entre les mains impériales la meilleure partie des impôts, sont trop rapides pour les mentalités du Moyen Age et avant toute apparition de sentiment national. Les villes se révoltent, Créma tient sept mois puis Milan se révolte. Or, en 1159, Adrien IV meurt et Alexandre III est élu. Frédéric lui préfère Victor IV qu'il proclame antipape. Frédéric et Victor sont excommuniés (1160) et Alexandre se carapate à Sens pendant deux ans. Milan tombe en 1162 et est pillée intégralement puis brûlée. Son enceinte est rasée.
En 1165, le Pape rentre à Rome, comptant sur les Normands. Mais Barberousse attaque Rome, fait défoncer les portes de Saint Pierre et Alexandre de fuir (1167). Mais une épidémie ravagea bientôt l'armée impériale (fléau de Dieu !!!). Alexandre III réconcilie les cités italiennes rivales et les Normands : la Ligue Lombarde. Milan relève ses fortifications. Des vassaux allemands dont les forces se sont accrues aux dépends des Salves (Henri le Lion, duc de Saxe par exemple) décident d'en profiter et l'Empereur doit rentrer en urgence en Germanie. Les choses revenues dans l'ordre de force, il repart à l'offensive en 1176. A Legnano, les unités milanaises, les plus déterminées suite au sac de 1165, assurent la victoire des Italiens. L'Empereur laisse sa bannière et son épée sur le champ de bataille. Par la paix de Constance, il s'engage (1183) à respecter l'indépendance des cités italiennes et il signe à Venise un accord où il s'engage à ne plus engager sa barbe rousse dans les rouages des élections pontificales. Après avoir définitivement dépouillé Henri le Lion et à la mort d'Alexandre III, il songe à se venger mais une nouvelle consterne la chrétienté : Saladin a reprit Jérusalem (1187). Il marie son fils Henri à Constance de Sicile, une femme laide et âgée mais gravide. L'Italie pouvait devenir impériale.
Frédéric Barberousse se noie en Asie Mineure. La légende veut qu'il ne fasse que dormir et qu'il ressortira lorsque l'Allemagne aura besoin de lui. Une autre légende, arabe, prétend qu'il se soit converti. En tout cas, la formidable armée qu'il avait amené avec lui se disperse alors qu'elle constituait le cur de la troisième croisade.
Innocent III monte sur le trône de Saint Pierre en 1198. Enfant du sérail, il n'en reste pas moins très pieu et très déterminé, aidé en cela par une intelligence véloce et un caractère trempé. D'aucuns disent de lui que c'est le plus grand Pape du Moyen Age.
En Allemagne, les guerres civiles ont repris. En France et en Angleterre, Richard Cur de Lion, Jean Sans Terre et Phillipe Auguste se déchirent. De plus, Alexandre III sauve militairement Philippe Auguste très en difficulté contre Richard Cur de Lion (Fréteval, où il perd même ses archives, et Gisors) en imposant une trêve à Richard. Leopold 5, le duc d'Atiche, qui avait fait prisonnier richard cur de lion, a été excommunié pour cela.
Pourtant, Henri VI voyait grand : Sicile en poche via Madame, il a marié son frère avec une princesse byzantine, Byzance qui n'est d'ailleurs pas contre ce fils de renégat au Pape. Richard Cur de Lion, pour être libéré, lui a rendu hommage (il est donc tenu par l'hommage envers le Roi de France et l'Empereur en même temps) et lui a versé une énorme rançon. Mais une épidémie le terrasse en 1197. Sa femme meurt dans l'année.
Guelfes et Gibelins s'opposent de nouveau. Il faut noter la montée en puissance de ducs et de margraves (marquis, donc dotés de terres frontalières en expansion soutenue). Contre Philippe de Souabe (le frère d'Henri VI), le champion du Pape est Otton de Brunswick. En 1208, Philippe est assassiné. Otton renverse son alliance et somme les villes italiennes de se soumettre. Le Pape soutient alors Frédéric II, le fils d'Henri VI et de Constance, alors à la cour normande de Sicile. En 1212, Frédéric est élu empereur à Mayence mais Otton s'y oppose et c'est le Pape qui sauve la tête de Frédéric. En 1214, Philippe Auguste écrase Otton à Bouvines, permettant à Frédéric de devenir empereur effectif.
Innocent III a eu des démêlées avec Philippe Auguste à propos d'Ingeburge, la sur du roi du Danemark, qu'il répudie en faveur d'Agnès de Méran (1198). Innocent III inaugure donc son règne par un interdit sur le roi de France, et donc tout le royaume ! Si le roi force la réouverture des églises avec ses soldats, il doit céder sous les pressions multiples après huit mois de bras de fer. Le Pape a donc maté Philippe Auguste
Reste à savoir pourquoi Ingeburge, aussi appelée Isambour, pourtant d'une grande beauté, a ainsi été répudiée
Du côté de l'Ibérie, Leon, Castille, Aragon, Catalogne et Portugal font reculer les Maures régulièrement. Le fleuve-frontière est le Duero en 1030, le Tage un siècle après, puis, en 1212, grosso modo le Guadiana après la bataille de Las Navas de Tolosa, et les musulmans perdent encore du terrain. Assistés avec ardeur et succès par les ordres militaires, les rois de la péninsule sont des chrétiens fidèles et avisés.
Du côté de l'Angleterre, Richard Cur de Lion est enfermé à Durnstein (1191-1196, à vérifier) par le duc d'Autriche (Saint Empire Romain Germanique), suite à la collusion de celui-ci, d'Henri VI, de Jean Sans Terre et de Philippe Auguste, très heureux d'avoir le médiocre Jean Sans Terre et non le redoutable Richard. Lorsqu'il revient de sa captivité, il se lance dans une campagne victorieuse contre Philippe Auguste qu'Alexandre III lui empêche d'exploiter pleinement. Il meurt abattu d'un carreau d'arbalète tiré depuis il château qu'il convoitait en Limousin. Le cruel tyrannique Jean devient donc pleinement roi. Le rapt de la fiancée d'un vassal par Jean Sans Terre (1202) et le meurtre d'Arthur de Bretagne, son neveu, de ses propres mains (1203) sont deux excès montrant le personnage. Il perd la meilleure partie de ses domaines sur le continent après la guerre contre Philippe et est excommunié. Philippe rassembla une flotte qui faillit porter la guerre outre-Manche mais le Pape leva son excommunication. Renaud de Damartin, ancien comte de Boulogne, passé à l'Anglais, rallia à la cause britannique Otton et Ferrand du Portugal, comte de Flandres. Leurs trois armées (Otton, Ferrand et Renaud) furent écrasées à Bouvines (27 juillet 1214) tandis que le futur Louis VIII battait Jean débarqué à La Rochelle à la Roche aux Moines. En 1215, les barons Anglais en révolte contre Jean prennent Londres et imposent la Grande Charte, posant les bases de la monarchie constitutionnelle anglaise moderne.
De 1201 à 1227, Valdemar II Sejr, roi du Danemark, conquiert le Holstein et Hamburg, qui est immédiatement reprise par l'armée impériale. Il conquiert également le Mecklenburg et la Poméranie (en gros, la future Prusse) et rétablit sa nation comme une puissance de l'Europe du Nord. Entre-temps, cependant, une guerre civile entre les nobles et lui éclate pour le contrôle des territoires conquis. De 1202 à 1210, la loi scanique, sorte de constitution danoise, est écrite en runes. Les Danois se lancent à l'assaut de l'Estonie, pour éviter que seuls les Allemands ne fassent main basse sur la zone, mais doivent lutter contre une résistance opiniâtre qui leur inflige de nombreuses déconvenues. Cependant, bien que décousue, la campagne militaire est plutôt un succès tandis que la campagne de christianisation est une réussite : Désireux d'échapper aux Porte-Glaives, nombre d'Estes se laissent « mettre du sel dans la bouche » et s'installer les curés danois plutôt que de subir le joug des Porte-Glaives.
En 1219, Valdemar II Sejr conquiert le nord de l'Estonie. D'après la légende, l'étendard danois, le « Dannebrogen », chut du ciel au cours de cette campagne. Le Dannebrog est le plus vieil étendard du monde encore en usage. Tous les drapeaux nordiques, Groenland excepté, dérivent de lui.