Ceux qui font profession de se batte sont de deux sortes : la noblesse, seule habilitée à portée l'épée au quillon en forme de croix, symbole de justice et de piété, et les hommes d'armes. Ceux-ci obéissent à ceux-là. La noblesse jouit, en apparence, de la plus enviable des situations. Nourris et logés par la communauté qui les entoure, ils ont des loisirs et une aisance matérielle bien supérieure au commun des fidèles sans les restrictions que s'imposent les moines. Exerçant la justice, ils en sont donc partiellement prémunis. Mais cette appréciation se révèle rapidement hâtive pour la plupart d'entre eux.
Certes ils jouissent d'une demeure en dur mais celle-ci est un poste de défense. Ils n'en sont pas propriétaires, juste placés là par leur hiérarchie sauf pour ceux à la tête de la hiérarchie, évidemment. Certes, l'administration des terres est héréditaire (dans la mesure d'une lignée mâle apte à la guerre) mais les limites de leur fief peuvent varier d'un moment à l'autre, suivant une défaite de leur suzerain ou un redécoupage des frontières. La vie de la petite noblesse est aussi frustre que celle de leurs administrés, l'épaisseur des murs en plus. Même s'ils jouissent d'une nourriture abondante même au cur des ères de famine, celle-ci est issue du travail de serfs attachés à la terre et non à leur personne. Le contrat de servage n'est pas non plus à sens unique : Etre serf donne le devoir au sire d'assurer la protection de son serviteur. Les loisirs sont avant tout la préparation à la guerre comme la chasse ou les tournois.
Il faut encore payer l'équipement de guerre, les frais d'entretien des fortifications, les frais d'expéditions lorsque le suzerain appelle à la guerre Bien souvent, les nobles préféreraient des liquidités plutôt que des biens en nature en assez grand nombre pour se gâter ou nourrir tout un régiment. Les seuls recours sont la guerre privée (pour agrandir son fief et piller au passage) ou la guerre pour le seigneur (le pillage et la mise à rançon des ennemis vaincus) ou la guerre pour Dieu (partir en Croisade, l'expédition la plus incertaine quant aux gains mais la plus sûre quant au coût : il s'agit d'un investissement extrêmement lourd, imposant de s'endetter ou de vendre des terres). Et être à court de liquidités vous expose à l'appétit d'un voisin plus prévoyant capable de louer ponctuellement le service d'hommes d'armes pour fondre sur votre tour sans que vous puissiez avoir cette possibilité pour accroître votre force.
Avant tout, être Bellatores impose donc de faire la guerre. Les nobles sont tenus à quarante jour de service militaire envers leur seigneur mais nombre d'entre eux font bien davantage, tantôt pour plaire à celui-ci, tantôt pour accroître leur bien aux dépends du voisinage. Cependant, le risque de mourir est grand et, plus grand encore, le risque de ne pas aller au Paradis est immense. Les nobles se doivent d'être exemplaires car leur métier consiste à commettre le meurtre, sauf dans le cas de la croisade évidemment. Le monde est peuplé de méchants, brigands, hérétiques, païens et autres infidèles et il est nécessaire à la chrétienté d'entretenir un bras armé. Cependant, ceux qui choisissent cette voie savent qu'ils risquent leur âme dans l'affaire
De ce fait, l'exercice des armes est limité en théorie. Nul clerc, enfant ou femme ne doit avoir à souffrir de la guerre. Il faut respecter la paix de Dieu (aucune violence le dimanche, jour du Seigneur, et lors de certaines fêtes) et la Trêve de Dieu (arrêt des combats durant l'hiver), les édifices religieux, refuge des populations, et les pèlerins. Il advient que les Bellatores passent outre. C'est alors à leur risque et péril vis-à-vis de l'au-delà
L'adoubement scelle l'entrée dans le monde la noblesse ; C'est un rite sacralisé là où il n'était qu'un enrôlement. L'équipement d'un chevalier doit être constitué au moins :
D'un cheval de guerre. Il en existe trois sortes : le cheval ordinaire (ou roncin), le destrier et le turcoman. Le premier est un cheval de monte ordinaire, flegmatique car rompu aux combats et agréable lors des longues chevauchées. Le second est le cheval de guerre par excellence, rapide, intelligent, très maniable mais si vif qu'il peut s'épuiser vite ; Il n'est utilisé que pour le feu des batailles, monté au dernier moment. Les meilleurs sont les andalous. Il est sous la responsabilité de l'écuyer entre-temps. Enfin, les turcomans allient la puissance des roncins et la vigueur des destriers. Il vaut trois destriers.
Les cheval est l'élément le plus important pour un chevalier : Il lui doit son nom et quasiment tout son équipement y est adapté. C'est sa monture qui l'élève au-dessus de la masse des piétons et lui confère en partie sa morgue.
D'une épée. C'est le symbole de sa charge et la croix formée par la garde est la marque des vux de chevalerie. A double tranchant et à lame creusée de cannelure pour l'alléger, elle ne se manipule que de taille car elle est longue (1,10m) et lourde (puisque maniée d'une seule main, l'autre tenant l'écu), adaptée aux combats équestres. Suivant les endroits, le suzerain ou le vassal fournit l'épée voire l'épée, symbole de la charge nobiliaire, s'hérite au décès du père et à l'entrée en héritage du fils aîné. Normalement, elle est donnée au fils par le père lors de l'adoubement mais est le bien du suzerain.
La lance de cavalerie, à usage unique chez certains, fait trois mètres et est à la garde de l'écuyer jusqu'à la charge. Il en a d'ailleurs souvent en réserve puisqu'elles sont souvent rompues. C'est à la fois une arme inégalée contre les piétons (embrochés) et les cavaliers (renversés) ; C'est également la seule arme réellement apte à tuer un autre chevalier presque à coup sûr, la puissance de l'impact faisant office d'ouvre-boîte.
D'un écu, bouclier soit en amande aigue (pratique à cheval mais aussi à pied, pour planter la pointe au sol afin de recevoir à pied une charge) soit en forme de blason. Il est important car, avec l'arrivée des heaumes, les combattants ne se reconnaissent pas entre eux ; Il est alors le support des armoiries (l'héraldique est une science naissante) et peut être mis en scène par son transport aux mains de l'écuyer en période de calme. Il est courroyé au cou (d'où « courroie ») par une sangle ; Derrière l'ombo, cette protubérance métallique centrale, se trouvent les énarmes, ces sangles manuelles.
Le haubert, cotte de mailles doubles porté au-dessus du gambison, manteau molletonné (et déjà une protection en soit), couvre le torse, les bras et les mains jusqu'à la ceinture ou jusqu'aux genoux. En dessous sont portées les chausses de mailles. Le tout nécessite un an entier à un forgeron chevronné et est donc très onéreux. L'écuyer est indispensable pour la vêtir.
Le casque, enfin, qui peut coûter très cher également. Il en existe deux grandes sortes : Les armets ou casque à nasal (préféré pour les contrées chaudes et par les chevaliers pauvres) et le heaume, casque conique ou cylindrique dissimulant complètement son propriétaire et offrant une excellente protection (sauf des coups descendants sur le plat apical, brisant par rebond les clavicules).
La « miséricorde », une dague apte à se glisser jusqu'aux parties vitales d'un chevalier au sol empêtré dans son armure.
Le vassal et le suzerain se jurent fidélité et assistance mutuelle devant Dieu. Attention, cela ne veut par dire assistance exclusive. Un chevalier peut être possessionné par d'autres seigneurs. Cependant, il choisira son suzerain primordial en lui accordant l'hommage lige. S'il peut répondre à l'appel d'un suzerain, il ne pourra prendre les armes contre son lige et ses demandes d'aide sont prioritaires. A la fin, le suzerain donne les lettres de noblesse au noble. Le noble doit toujours pouvoir les présenter et le suzerain toujours disposer des actes de la cérémonie s'il veut prouver que tel ou tel lui doit hommage. Si l'un ou l'autre est incapable de présenter sa lettre, l'autre peut se tenir pour désengagé
Puisque les terres appartiennent au suzerain, les forteresses sont « rentables à merci » : Le suzerain peut utiliser le château d'un vassal à des fins militaires tant qu'il le rend intact ou répare la casse. Le suzerain a le droit de gîte (le vassal se doit de l'accueillir lorsque le suzerain le veut), le vassal doit l'aide pécuniaire à son suzerain dans quatre cas : Adoubement du fils aîné du suzerain, mariage de la fille aînée, départ en croisade et rançon. Les Anglais n'ont pas l'obligation de croisade mais l'Empire a en plus l'obligation pour la première comparution à la cour et la convocation en arme par le souverain.